L’Americani

L’Americani, un film de 4 minutes pour comprendre l’émigration Corse vers l’Amérique du Sud, au XIXème siècle, et l’origine des fameuses “Maisons d’Américains” sur l’île de Beauté. read more

Vulgarisation scientifique : mode d’emploi

Cécile Michaut est docteur en chimie et journaliste scientifique depuis 1998. Elle enseigne la vulgarisation scientifique dans des universités et écoles supérieures. Elle a fondé une société, Science et Partage, qui oeuvre dans ce domaine bien particulier de la formation à la vulgarisation.

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Son livre, Vulgarisation scientifique, mode d’emploi, édité par EDP Sciences est un concentré d’intelligence et de passion pour la transmission. Cécile Michaut y évoque les (bonnes) raisons pour vulgariser les sciences, les bonnes façons de s’y prendre, les (mauvaises) craintes qu’il faut apprendre à apprivoiser. Ce qui est particulièrement précieux, c’est qu’elle a inclus dans son livre des interviews de scientifiques, de journalistes, d’animateurs, le livre en devient vivant et ouvert.
Il s’adresse avant tout aux chercheurs qui souhaitent partager leurs recherches et leurs savoirs, mais il ne m’a pas laissée indifférente, parce que nombre des points qui y sont abordés coïncident avec ma pratique quotidienne.
C’est la lecture de ce livre, entre autres, qui m’a poussée à refaire mon site sous la forme qu’il a actuellement, avec des billets comme celui-ci, dans lesquels je partage mes lectures, mes découvertes, mais aussi ma façon d’envisager mon travail.

Plus particulièrement, voici la phrase magique qui a illuminé ma journée de lecture. Elle est du physicien Etienne Klein, et je devrais l’écrire sur le mur en face de mon bureau tant elle contient, en quelques mots, les raisons pour lesquelles j’aime mon métier :

Si l’on veut participer à un monde commun, chacun doit pouvoir expliquer ce qu’il fait en tenant compte des connaissances de l’autre.

Etienne Klein, in Vulgarisation scientifique, mode d’emploi

L’idée de “participer à un monde commun” est primordiale. Les scientifiques qui nous offrent une part de leurs connaissances nous permettent de rendre notre monde plus vaste, et ils se donnent aussi la possibilité d’accroître le leur de nos propres connaissances, questionnements, voire inquiétudes. Le monde commun qui en résulte est capable encore de grandir à la prochaine rencontre.

Je parlais de mon métier, il y a quelques lignes, et j’aimerais faire le lien entre ce livre et mon activité.
Grâce à une réponse à une offre d’emploi, il y a 8 ans, je me suis retrouvée entourée de scientifiques passionnants, avec comme but de réaliser de petits films pour le Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse. Il s’agissait , précisément, de 22 films de quelques secondes qui devaient illustrer 22 “noeuds” dans l’arbre du vivant, c’est à dire 22 modifications importantes des êtres vivants ayant abouti au développement de nouveaux groupes d’êtres vivants.
Je travaillai sous la direction de Nathalie Grenet, une formidable muséographe, et de Yves Lignereux, un zoologue dont j’aurais volontiers écouté les histoires pendant des heures.

Cette expérience fut ma première rencontre avec les sciences, en tant que réalisatrice de films d’animation. Depuis, les rencontres se sont succédées, et j’ai eu le plaisir d’aborder des sujets et des matières très variés. Je ne fais donc pas de vulgarisation scientifique, mais je me considère comme une sorte de transformateur par lequel le savoir du scientifique passe et atteint le public.

Je prends le temps de discuter avec les scientifiques avec lesquels je travaille sur leur volonté de transmission, et j’essaie d’identifier leurs besoins, leurs craintes, et de me nourrir de leur enthousiasme. Le livre de Cécile Michaut m’a offert de nouvelles clés pour envisager une relation plus riche encore entre eux et moi.

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Contraintes créatives #1 / Sam et Tom

Sam et Tom L’incroyable aventure est un livre écrit par Mac Barnett et illustré par Jon Klassen. Je l’ai ajouté à ma bibliothèque en premier lieu parce que j’ai été accrochée par le graphisme. D’ailleurs, d’autres livres illustrés par Jon Klassen ont ensuite rejoint celui-ci (dont le magnifique Extra-doux, écrit lui aussi par Barnett), c’est un illustrateur très talentueux.
J’aime énormément la façon dont la couleur est traitée, avec beaucoup de matière. Les nuances sont très belles, et les couleurs sombres sont profondes et riches.

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Mais ce livre m’est devenu encore plus précieux pour ce qu’il raconte.

“Quand arrêterons-nous de creuser ?
demanda Sam.
– On est en mission, répondit Tom.
On creusera tant qu’on n’aura pas trouvé
quelque chose de spectaculaire.”

Mac Barnett, in Sam et Tom L’incroyable aventure

Les deux jeunes Sam et Tom, accompagnés de leur chien, vont creuser un trou, à la recherche de quelque chose de spectaculaire. Nous, lecteurs, sommes les seuls à voir qu’ils passent juste à côté de pierres précieuses de plus en plus grosses. Ils vont creuser longtemps, sans jamais trouver ces pierres, arriveront jusqu’à la fin de la terre, et feront une longue chute qui les amènera devant une maison. Ils trouveront ça “plutôt spectaculaire”.

Je ne vais pas rompre la magie de la découverte d’un livre en racontant à chaque fois la fin de l’histoire, mais pour celui-ci j’avais besoin de situer le propos. Pourquoi ? Parce que ce livre est l’image-même de ma pratique artistique, et le fond du cours que je donne aux élèves de 2ème année de Supinfocom Valenciennes.
J’aborde avec eux la conception et la réalisation d’un très court film, sur le modèle d’un film de commande, dont j’élabore le sujet. Les élèves travaillent par groupes de 2 (comme Sam et Tom). Le sujet regorge de contraintes : de temps puisqu’il faut arriver à terminer le film en quelques semaines, de durée (pas plus de 30 secondes), de sujet, de technique d’animation (After Effects en priorité), de forme. Le travail en binôme lui aussi est souvent perçu comme contraignant, du moins avant que le travail ne démarre.

Ce travail très contraint peut sembler rébarbatif de premier abord, et il y a toujours quelques soupirs à l’annonce du sujet. Je comprends parfaitement l’envie des élèves, dont ce sera pour certains la première expérience de la création d’un film de A à Z, d’être plus “libres”. J’ai quelques cours, sur 6 mois, pour leur faire entrevoir une liberté qu’eux seuls peuvent découvrir à travers ce projet plein de barrières : celle du cheminement créatif.

Sam et Tom L’incroyable aventure nous montre que le trésor que l’on découvre est parfois bien différent de ce que l’on imaginait chercher. Le lecteur espère secrètement que les deux amis trouveront une pierre précieuse, et ce n’est pas la déception qui est au bout du chemin, mais une autre découverte, un nouvel émerveillement.

La contrainte créative (portée à de succulents sommets par l’Oulipo) donne la possibilité aux créateurs d’explorer des domaines nouveaux, et, surtout, de faire connaissance avec leurs propres capacités à inventer en “milieu hostile”. Il ne s’agit pas de chercher à tout prix à se libèrer des barrières, mais plutôt une fois qu’elles sont bien repérées, de creuser le plus loin possible, approfondir sa recherche. Observer ses limites, ses ressources, mettre dans sa mémoire des sensations (le plaisir de trouver la “clef” du sujet, le désarroi dans une impasse, et la façon dont on l’a contourné), sont des trésors qui seront toujours valables, et qui enrichiront les créations qui suivront. D’ailleurs, il n’existe pas de situation de création en totale liberté, mais plutôt des situations dont on a accepté ou intégré les contraintes.

Je suis souvent étonnée par l’idée de certains selon laquelle les films de commande sont moins créatifs que les autres formes de film. Un réalisateur, récemment, à qui je disais que je réalisais principalement des films pour des musées ou des scientifiques, me demanda ce que je faisais par ailleurs de vraiment créatif. Cette ignorance d’une partie du champ de la créativité me semble devoir être battue inlassablement en brèche, surtout auprès des plus jeunes. Je sais gré à mes commanditaires de ne pas tomber dans ce cliché, et de toujours attendre de moi davantage de créativité, surtout dans les projets les plus complexes et encadrés.

Sam et Tom nous montrent aussi un moment de persévérance, et cela aussi doit faire écho dans l’esprit de jeunes artistes en devenir.

La lecture de cet album pour enfants à un public d’adultes a été une expérience riche pour eux comme pour moi. Elle a inauguré notre rituel de début de cours : un cours, un livre lu à haute voix et laissé à disposition pendant le cours.

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Croquis de Léa Cousty,  éleve de 2ème année à Supinfocom.

J’aborderai souvent dans mes articles le sujet de la contrainte créative, mais si vous souhaitez d’ores et déjà réagir, les commentaires attendent vos mots.

Le Pass : un musée de sciences pas comme les autres

En Belgique, à Frameries, à 250 kilomètres de Paris et à 76 de Lille, se trouve un lieu vraiment étonnant : le Pass, Parc d’Aventures Scientifiques.

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Près d’un terril, construit sur le site d’un ancien charbonnage, il a conservé une partie des infrastructures minières, dont un magnifique châssis à molettes (qui supportait l’ascenseur permettant aux mineurs de monter et descendre dans le puits de la mine), en haut duquel je suis montée (je ne faisais pas la maline : 64 mètres, moi, ça me donne le vertige).

Le châssis à molettes du site du Pass
Le châssis à molettes du site du Pass

Une passerelle de 210 mètres de long, toute de métal recouverte, imaginée par Jean Nouvel, met tout de suite le visiteur dans l’esprit du lieu : tranquillement transporté par un tapis roulant, on suit le parcours d’une petite balle animée qui passe d’écran en écran et visite les sujets abordés dans le lieu grâce à de chouettes animations du génial Claude Delafosse.

Intérieur de la passerelle du Pass
A l’intérieur de la passerelle du Pass, dessinée par Jean Nouvel

Pour prendre le temps de profiter au maximum du Pass, mieux vaut prévoir une journée, car il y a beaucoup de choses à voir, de très beaux espaces d’exposition, et des activités nombreuses. S’il fait beau, prévoyez un pique-nique !

Les différents thèmes abordés dans les expositions sont bien délimités : corps humain et santé, inventions, matériaux, génétique, sport, eau. Ils ont chacun leur espace mais le parcours pour aller de l’un à l’autre passe par d’étonnants passages, Acro-bât est le plus “sportif” avec ses ponts suspendus, tyrolienne,…

Si l’ensemble du lieu est accessible pour tous les âges, le Pass’âge des aventuriers est dédié aux 6-12 ans, et un nouvel espace a été ouvert cette année : le Pass’âge des découvreurs. Pensé pour les 3-7 ans, il propose trois domaines de découvertes : la nature, la lumière et la ville. Tout est à la taille des petits, le parcours est libre, les surprises nombreuses.

pass-14-14722-banner-web1-694x373-161214-af-batJ’ai travaillé trois fois pour ce génial endroit, et j’apprécie vraiment l’attention que ses muséographes apportent au public. Attentives à garder un rapport apprentissage/jeu harmonieux, Nathalie Cimino et Caroline Vrammout, en collaboration avec les médiateurs, inventent des manipulations intelligentes, des parcours étonnants. Les médiateurs font vivre les expositions en proposant ateliers et animations.

Enfin, le soin et l’inventivité apportés à la scénographie et au graphisme sont particulièrement appréciables.

Vous connaissez déjà le Pass ou vous venez de le découvrir ? Laissez un commentaire ci-dessous !

Images  copyright @ Le pass